24heures

http://www.24heures.ch
Samedi/Dimanche - 27/28 Mars 2004

Multimédias

Nouvelles fraîches du monde libre

LINUX Alors que Microsoft essuie les foudres de Bruxelles, un pingouin veut faire son nid dans votre ordinateur. Un bon conseil : laisse le faire !

En pleine décennie yupie, Richard Stallman rêvait d'une informatique libre et non lucrative. Brillant ingénieur, il lance son projet GNU ("Gnu's not Unix", une blague d'informaticiens à jamais obscure) en 1983. Son but : développer un système d'exploitation libre de droits, ou copyleft dans sa propre terminologie. C'est un étudiant finlandais, Linus Torvalds, qui concrétisera ce projet. Il annonce en 1991 le noyau du programme, autrement dit son "moteur", et lui donne son nom, ou plutôt son prénom. Linux est né.

Depuis quelques années, de plus en plus d'entreprises et d'administrations, échaudées par le monopole de Microsoft, pressées de rogner les coûts, se tournent vers l'open source. Il faut dire que Linux a des ambassadeurs de poids : IBM, Sun et Novell, qui ont tout intérêt à fissurer le monopole de Windows. Le Brésil, la Chine, l'Allemagne et la France se mettent au libre. La Suisse aussi : tout dernièrement, c'était au tour de Lausanne de faire le pas (lire 24heures du 13 mars).

Développement coopératif

Les économies sont en général l'argument avancé pour justifier une migration vers les logiciels libres. Mais ça ne fait pas de Linux un programme "bon marché", avec toutes les connotations que celà suppose. Au contraire, le logiciel est réputé stable et très sûr. La preuve : Linux est surtout utilisé pour les pare-feu, ou encore les serveurs Web et les serveurs de messagerie, deux applications très exposées aux virus.

Cette fiabilité, Linux la doit à un mode de développement original : à l'inverse des logiciels propriétaires comme Windows, le code source des logiciels libres est totalement ouvert. Autrement dit, chacun est libre de le décortiquer et de le retoucher. Mais attention, libre ne signifie pas libre de droits : Linux est régi par la license GPL (General Public License), qui stipule que toute modification doit être rendue publique. C'est un modèle coopératif de production impliquant les usagers. Des milliers de programmeurs bénévoles travaillent quotidiennement sur Linux, ce qui en fait un outil très évolutif. Mais cette réactivité de la communauté des "Linuxiens" ne fait pas tout : l'architecture "modulaire" du programme, calquée sur celle d'UNIX, fait toute la différence. Il y a en effet peu d'interdépendance entre les composants de Linux. Un virus ne peut donc causer que des dégâts limités. Dans Windows, à l'inverse, l'intégration est très poussée et la moindre infection risque de faire tâche d'huile. C'est pourquoi la correction des failles d'Internet Explorer est aussi laborieuse.

"Dans Windows, l'utilisateur se connecte par défaut en mode administrateur. C'est-à-dire qu'il a tous les droits, qu'il peut exécuter n'importe quel programme, explique Anthony Favre, directeur de la société romande LynuxSolutions. Ce n'est pas le cas avec Linux, où le mode utilisateur est utilisé par défaut, avec des droits très limités". On peut comparer l'architecture de Linux à la coque d'un paquebot ; celle-ci est divisée en compartiments étanches qui empêchent la propagation des voies d'eau, et donc le naufrage.

Voilà qui devrait titiller les utilisateurs échaudés par les régulières alertes virales. Surtout que certains éditeurs comme le français MandrakeSoft, travaillent à rendre l'interface de Linux plus conviviale. Pour l'heure, l'open source est surtout confiné aux serveurs. Les changements sont donc invisibles pour les utilisateurs. Mais les stations de travail individuelles sont la prochaine étape. Sun a d'ailleurs signé un accord historique avec Pékin en novembre pour la distribution de sa solution Java Desktop Sytem, ce qui lui ouvre un marché potentiel de 200 millions de PC. Mais la partie n'est pas encore gagnée : "Pour beaucoup de personnes, l'informatique est avant tout un outil de travail contraignant, relève Guy Wuilleret, chef du service d'organisation et d'information à Lausanne. C'est donc difficile de leur demander de changer, même si l'alternative existe."

Nicolas Berlie

Jeter Windows par la fenêtre ?

LOGICIELS Petite sélection d'applications open source, à mettre entre toutes les mains.

Pas besoin de faire table rase de Windows pour s'initier aux logiciels libres. On peut aussi y aller par petites touches, en testant diverse applications gratuites avec le système d'exploitation de Microsoft.

UTILE

Pour des cours d'introduction à Linux, à Lausanne et Genève : http://www.lynuxtraining.com

Nicolas Berlie